Variétés de réponse à la COVID en Asie de l’Est

Publié le dimanche 9 août 2020

Auteur : Prof. André Laliberté

Andre Laliberte

Professeur Titulaire, Études politiques
Faculté des sciences sociales, Université d'Ottawa

Globalement, l’Asie de l’Est présente un portrait remarquable en face de la pandémie de COVID-19. Prise dans son ensemble cette région est la moins affectée de la planète, en termes de taux de mortalités attribués à cette infection. On peut ajouter à la Chine, au Japon, aux deux Corées, au Vietnam, et à Taiwan, les cas de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, ainsi que quelques autres pays relativement épargnés jusqu’ici dans d’autres continents. Il est important d’attirer l’attention sur les pays d’Asie de l’Est, aux conditions économiques variées, et de voir quelles leçons on peut en tirer. Les pays de la région, depuis le Japon post-industrialisé et la très pauvre Corée du Nord, offrent un large éventail en termes de niveau de développement économique. Les régimes politiques sont aussi très variés, avec d’un côté les trois démocraties japonaise, sud-coréenne, et taïwanaise, et d’un autre côté les régimes autoritaires chinois, vietnamien, et nord-coréen.

La Chine est un cas particulier : les ravages de l’épidémie ont affecté ce pays en premier, et pour l’instant le pays semble avoir jugulé le péril. Le pays a payé le prix fort pour afficher ce bilan : La méthode forte imposée par les autorités, comprenant des mesures de confinement de masse à une échelle difficile à accepter dans les sociétés libérales. Les résultats sont remarquables mais le régime se garde de crier victoire, avec une recrudescence des cas observées à la fin du mois de juillet.

Le cas du Vietnam est certainement extraordinaire, comme en font foi les chiffres du Centre de ressources sur le Coronaviru chez Johns Hopkins University. Plus peuplé que l’Allemagne, le pays compte une fraction du nombre de personnes affectées : seulement 621 vietnamiens contre plus de 211,000 allemands. Pendant 99 jours, le Vietnam n’a connu aucune perte de vie causée par la maladie, et ne déplore que trois décès le 2 août. La fermeture rapide des frontières avec la Chine a permis aux vietnamiens de gagner du temps et se donner les moyens pour s’isoler et éviter le pire.

Dans le cas de la Corée du Nord, très peu donnent crédit à ses chiffres, qui annoncent que le pays ne compte aucune infection. Il est plausible que le pays ait été épargné à cause de son isolement international. Mais les contraintes causées par les sanctions internationales rendent le pays particulièrement vulnérable si une infection devait éclore. Une situation à observer de très près alors que le pays admet le 25 juillet ses premiers cas dans la ville de Kaesong, une ville limitrophe de son voisin du Sud.

Parmi les régimes démocratiques, Taïwan fait école : seulement 450 cas pour une population de 24 millions, une économie qui fonctionne à la normale, où les classes n’ont pas cessés, et sans mesures de confinement généralisées. C’est le scénario idéal auquel aspirent le Canada et tant d’autres pays. Les raisons derrière sa réussite sont multiples mais peuvent se résumer ainsi : un plan d’action élaborée depuis des années, la quarantaine pour les personnes infectées, le suivi de ces dernières et de leurs contacts, et la disponibilité des masques.

Les cas de la Corée du Sud, bien que moins impressionnant que Taiwan, et le Vietnam, sont néanmoins respectables pour peu qu’on les compare aux données des pays d’Europe de l’Ouest. Les performances du pays auraient été encore meilleures si ce n’était de l’église de Shincheonji, une secte protestante jugée responsable de plus du tiers des cas. Les autorités ont arrêté son chef spirituel le 1er aout et certains demandent de l’inculper pour négligence criminelle.

Le cas du Japon sert d’avertissement. On l’a vu comme un pays modèle à cause du nombre relativement peu élevé d’infections et de décès : la proclamation de l’état d’urgence pour contenir la contagion n’a pas confiné les gens à la maison et n’a pas forcé les entreprises à fermer. Des mesures de dépistages ciblées et des pratiques bien ancrées telles que le port du masque pour éviter de contaminer autrui, ont permis d’atteindre ces résultats. Mais ces derniers jours, le relâchement des mesures sanitaires est apparu prématuré à cause d’un rebond de la contagion.

Lorsque viendra le temps de faire le bilan de cette pandémie, le monde aura changé de façon dramatique : il est à espérer que nous saurons collectivement tirer la leçon des pays qui ont réussi à juguler le fléau avant les autres, sans nuire au bien fonctionnement de leur économie et sans porter atteintes aux libertés politiques. Les dispositifs de haute-surveillance des trois régimes autoritaires est-asiatiques peuvent certes séduire les pays non-démocratiques dans d’autres régions du monde. Cela pose un problème dans les sociétés ouvertes, mais aussi, plus profondément, pour les opposants à ces régimes. C’est dans ce contexte qu’il est capital de souligner que l’approche autoritaire n’est pas la seule à donner des résultats. Les sociétés démocratiques japonaise, sud-coréenne, et taïwanaise, ont toutes trois démontré, malgré quelques différences, leur capacité à faire face à ce fléau sans sacrifier les libertés démocratiques.

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