Si les principes de responsabilité, d'intégrité, d'indépendance et de responsabilité sont la réponse, alors quelle était la question?

Publié le mardi 9 mai 2017

Auteur : Marc Saner

Marc Saner

Directeur inaugural et membre du groupe principal, ISSP
Professeur agrégé, Département de géographie, Université d'Ottawa

J’ai eu le privilège d’être le rapporteur de l’Atelier sur les principes et lignes directrices pour les conseils scientifiques au gouvernement tenu le 28 septembre 2016, et de rapporter les résultats à la plenière de la deuxième conférence de l’INGSA deux jours plus tard. L’atelier a été animé par James Wilsdon and Dan Sarewitz  et a inclut approximativement 40 experts de 20 pays, avec des contributions supplémentaires de la part du Global Young Academy. J’offre ici des observations du point de vue du rapporteur.

(1) La contribution aux participants à l’Atelier provient de l’article 4 du Declaration on the Enabling Power of Science du Forum scientifique mondial de Budapest de 2015. Dans cette déclaration, il y a deux points qu’il faut tenir en compte. Premièrement, les conseils scientifiques sont formulés comme un moyen d’obtenir des résultats sur trois questions globales : atteindre les objectifs de développement durable, lutter contre les changements climatiques et réduire notre vulnérabilité aux catastrophes. Deuxièmement et ironiquement, la demande de conseils sur les principes de conseil scientifique universel contient sa propre réponse (soulignée dans la citation ci-dessous) :

« Nous appelons pour une action concertée des scientifiques et des décideurs politiques pour définir et promulguer des principes universels pour développer et communiquer la science afin d’informer et d’évaluer la politique basée sur la responsabilité, l’intégrité et l’indépendance. Nous appelons tous les scientifiques à surveiller et à évaluer les domaines de la politique et à fournir, de manière proactive, des conseils scientifiques indépendants et opportuns même lorsque leur application n’est pas garantie ou attendue. »

(2) Si ces quatre principes mis en évidence font au moins partie de la réponse, alors quelle était exactement la question? À mon avis, tout le monde dans le domaine du conseil scientifique sera d’accord qu’une question claire aide vraiment à formuler une réponse utile. L’une des premières interventions à l’atelier (par Frans Brom) a soulevé cette question. Une autre intervention précoce (par Sir. Peter Gluckman) a souligné qu’on devrait considérer une multitude de contextes pour les conseils scientifiques. Le Global Young Academy a choisi de concentrer sa contribution sur le thème de la diversité, y compris la diversité des connaissances et la diversité des audiences. Une liste incomplète de ces contextes, tels que soulevés lors de l’atelier et de la conférence, pourrait être saisie et placée entre crochets comme suit :

  • Urgence <> Non-urgence
  • Informel <> Formel
  • Individuels <> Comités
  • Commissionné <> Non commissionné
  • Centré sur les experts <> Délibération publique
  • Science formelle <> Savoir traditionnel
  • Local <> International
  • Pays émergents <> Pays développés
  • Évaluations réglementaires <> Développement de la politique publique <> La prise de décision en politiques

 

Cette diversité pourrait bien être nécessaire pour progresser sur les objectifs de la déclaration de Budapest – l’utilisation de la science pour sauver la planète est en effet un défi formidable. La diversité ne simplifie pas, par contre, la quête de principes universels. Raison de plus pour chercher la clarté de la question. Lors de la révision de la déclaration de Budapest et après avoir assisté à l’atelier et à la conférence, j’ai trouvé que les six questions suivantes sont des interprétations valables de la charge :

  1. Comment s’y prendre? – on fait appel à une formule ou à un système de principes, de normes ou de lignes directrices
  2. Comment l’enseigner? – on fait appel à un curriculum ou à une table des matières d’un texte plus long
  3. Comment l’évaluer? – on fait appel à une réflexion sur la conformité, comme des indicateurs de responsabilité, de retour sur investissement ou de réussite
  4. À quoi aspirer? – les codes axés sur les valeurs sont couramment utilisés pour susciter le débat et définir des styles de leadership
  5. Qu’est-ce qui compte le plus? – les leçons apprises peuvent être condensées dans une liste des dix premiers
  6. Dans quelle nouvelle direction? – la Déclaration de Budapest donne l’impression qu’il y a de réelles possibilités pour une amélioration. Un manifeste pourrait mettre en évidence les éléments clés du changement directionnel

Certaines de ces questions sont étroitement liées et je ne crois donc pas nécessaire de choisir une seule question. Cependant, nous avons besoin de sélectionner un petit nombre de questions connexes. Les tentatives de satisfaire les six interprétations en même temps ont peu de chance de réussir. Par exemple, les codes de conformité sont difficiles à combiner avec les codes d’aspiration. Un livre de recettes traditionnelles et un manifeste avant-garde sont deux choses différentes.

(3) Quelle est la bonne longueur et le bon format? La nature de la question a un grand impacte sur la longueur et le format de la réponse. Néanmoins, nous savons a priori que les gens ne sont pas très doués pour se souvenir de plus de 3 à 5 items. Par conséquent, un plus petit nombre de principes peut devenir un slogan alors qu’un plus grand nombre conduit à une liste qui pourrait ensuite être étendue à un manuel ou à un guide. Un exemple : une carte distribuée à la conférence montre trois aspirations clés du Scientific Committees of the European Commission sous la forme d’un slogan : «  Excellence, Indépendance, Transparence. » La Déclaration de Budapest, en contraste, compte plus de 2500 mots.

Lors de l’atelier, nous avons travaillé sur les principes et les lignes directrices. La dualité augmente la marge de manœuvre pour inclure tous les points importants mais introduit également une certaine confusion quant à ce qui appartient à l’explication d’un principe et comment rendre les lignes directrices pleinement proportionnelles aux principes. Le choix de la longueur et du format mérite donc une attention réelle. Une fois qu’une idée pour la longueur et le format est choisie, ceci oriente le débat dans une direction qui est difficile à inverser.

(4) Quel est le bon équilibre? Le développement durable est souvent abordé en termes de comptabilité de triple performance : le capital social, naturel et produit, ou personnes, planète et profit. Balancer et prendre en compte ces trois éléments devrait nous aider à atteindre les objectifs de développement durable, et il a été utile d’avoir ce slogan qui rappelle le statut égal des motifs non lucratifs. Le travail sur les principes peut bénéficier d’un slogan analogue. Les principes sont dans le domaine de l’éthique. Presque tous les manuels d’éthique toucheront (généralement dans un langage complexe) à ces trois composantes de la prise de bonnes décisions : les personnes, le processus et la performance. Il est remarquable que le slogan du Scientific Committees of the European Commission touche ces trois notes. « L’indépendance » fait référence à un peuple (bien que « l’impartialité » aurait été un meilleur choix), la « transparence » est une composante importante du processus et « l’excellence » se rapporte à la performance. Je soutiendrais que le texte que produira l’INGSA devrait produire un tel équilibre, peu importe si le texte s’avère être un court ensemble de principes, un guide plus long, une liste de leçons apprises ou un manifeste.

(5) Quelle est la prochaine étape? James Wilsdon et Dan Sarewitz ont utilisé une méthodologie simple pour développer des principes de discussion. Ils ont révisé des textes existants importants et ont distillé l’information dans un ensemble de principes et de directives. Après l’atelier et la conférence, je crois que le moment est venu de faire une sélection stratégique des questions précises sur lesquelles l’INGSA souhaite se concentrer. Dans un échange de courriels avec Dan Sarewitz, il a exprimé un intérêt particulier dans les questions 4-6 (aspirations, leçons apprises et la nouvelle direction). Je suis d’accord avec ce choix et je voudrais voir la prochaine étape se concentrer sur ces trois points. Mais cela pourrait faire l’objet d’un débat plus large. Il pourrait être plus significatif de consulter les auteurs de la Déclaration de Budapest. En fin de compte, un principe des bons conseils est d’avoir un vif intérêt pour les besoins, les désirs, la culture et la langue du public, et aussi de projeter l’utilisation et possiblement la mauvaise utilisation de la réponse qu’on obtiendra finalement.

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