La sécurité énergétique et la voie vers la carboneutralité

Publié le jeudi 18 mars 2021

Auteur : Prof. Monica Gattinger

Monica Gattinger

Directrice, ISSP
Présidente, Énergie positive, uOttawa

Publié originalement par The Hill Times, le 10 mars 2021

La panne d'électricité au Texas est un rappel dévastateur de l'importance de la sécurité énergétique. C’est une mise en garde puissante expliquant pourquoi les décideurs doivent garder la fiabilité de l’électricité à l’esprit.

Ce sera essentiel sur la voie vers la carboneutralité  de GES d'ici 2050. La sécurité énergétique est souvent négligée dans la prise de décisions en matière de réduction des émissions - très probablement parce que dans les économies avancées comme celle du Canada, nous la tenons pour acquis. Le fait que nous agissions ainsi témoigne du succès des fournisseurs d’énergie dans la fourniture de carburants et d’électricité fiables et abordables.

Mais les défis de la sécurité énergétique nous arriveront rapidement et avec fureur. Si les décideurs ne s’y intéressent pas de manière proactive, cela compromettra l’action climatique, l’économie et la santé humaine.

Qu'est-ce que c'est la sécurité énergétique?

L'Agence internationale de l'énergie le définit comme « assurer la disponibilité ininterrompue des sources d'énergie à un prix abordable ». Sur la voie vers la carboneutralité, la disponibilité, les sources et les prix de l'énergie seront en constante évolution.

Prenez les sources d'énergie. Le scénario de développement durable de l'Agence internationale de l'énergie examine ce qui est nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques de Paris. Il voit les combustibles fossiles fournir 56% de la demande mondiale d'énergie primaire en 2040 (contre 80% en 2019), le reste étant une combinaison de bioénergie, de nucléaire et d'énergies renouvelables. Selon le scénario, l'électricité représente 31% de la consommation finale totale en 2040, contre 19% en 2019. Et le secteur de l'électricité dépendrait beaucoup moins des combustibles fossiles en 2040 (24% du mix de production, contre 72% en 2019) et bien plus sur le nucléaire (19%), l'hydroélectricité (10%), la bioénergie (11%) et d'autres énergies renouvelables comme l'éolien et le solaire (36%).

On s'attend à ce que des tendances similaires se manifestent au Canada. Une modélisation récente de l’Institut canadien pour les choix climatiques donne un certain nombre de scénarios différents pour répondre aux aspirations de zéro net du pays. Tous voient une moindre dépendance vis-à-vis du pétrole et du gaz, la montée en puissance des sources d'énergie alternatives comme l'hydrogène et les biocarburants modernes, et un rôle croissant de l'électricité.

L'électrification est un enjeu clé en ce qui concerne la disponibilité énergétique et les perturbations potentielles de la disponibilité. Au fur et à mesure que la dépendance du système énergétique à l’électricité augmente, sa vulnérabilité aux pannes de courant augmente également.

Les défis ici sont multiples et incluent le changement climatique lui-même sous la forme d'événements météorologiques extrêmes plus fréquents mettant les systèmes électriques hors ligne. Plus nous dépendons de l'électricité pour le transport, le chauffage et l'industrie, plus les impacts économiques et sociaux seront dévastateurs. Ce sera bien plus qu'une panne d'énergie.

La capacité d'intégrer des sources d'énergie intermittentes comme l'éolien et le solaire dans le réseau façonnera également la disponibilité. Avoir accès à une alimentation de base ferme ou à un stockage à grande échelle pour fournir de l'énergie lorsque les sources intermittentes ne peuvent pas garantir la fiabilité. Il en sera de même pour se prémunir contre les attaques de cybersécurité, que ce soit par des puissances étrangères hostiles, des terroristes, des demandeurs de rançon ou même des employés mécontents.

Tout cela dépend à son tour de la capacité de financer et de construire une quantité ahurissante d'infrastructures électriques. L'électrification au Canada signifie doubler, voire tripler la capacité de production - nouvelles énergies renouvelables, nucléaire, lignes de transmission, et plus - à un moment où les attentes de la communauté en matière d'engagement et les exigences gouvernementales en matière d'évaluation d'impact augmentent. Si l'offre ne suit pas le rythme de la demande, attendez-vous à des interruptions.

Ou la flambée des prix, comme au Texas.

Ce qui nous amène à l'abordabilité. Les prix de l'énergie sont notoirement difficiles à prévoir et sont façonnés par de multiples facteurs. Mais une chose est sûre: les Canadiens ne restent pas les bras croisés face aux prix élevés. Étant donné le rôle central des gouvernements provinciaux dans le secteur de l'électricité, les gens canalisent leur colère directement vers les politiciens. Il suffit de demander à l'ancienne première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne.

Ignorer la sécurité énergétique peut conduire à des appels à revenir sur les engagements climatiques - même si les augmentations de prix ou les perturbations d'approvisionnement ne sont pas directement imputables à l'action climatique. Le Texas est un exemple typique, où la panne remet en question la poursuite de l'intégration des énergies renouvelables dans le réseau malgré le fait que les énergies renouvelables ont tout au plus contribué à la panne.

Rien de ce qui précède n'est une raison pour affaiblir l'action contre le changement climatique. Loin de là. Il souligne plutôt l’importance de maintenir la sécurité énergétique au premier plan sur  la voie vers la carboneutralité.

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