La santé mentale des réfugiés au Canada a besoin d'une attention urgente

Publié le jeudi 26 août 2021

Auteur : Prof. Rukhsana Ahmed et Victoria Strachan

Chercheuse affiliée, ISSP, uOttawa
Professeure associé et Présidente du Département de communication, University at Albany, State University of New York

Étudiante, programme des sciences de la santé, uOttawa

Publié originalement par The Hill Times le 11 août 2021

À divers degrés, la pandémie de COVID-19 a entraîné la détérioration de la santé mentale de nombreuses personnes au Canada. Cependant, certains groupes ont subi plus de dommages que d'autres. Parmi eux, les réfugiés nouveaux au Canada ou qui déjà y habitent ont fait face à des défis uniques au cours de cette période, selon les recherches existantes. Bien qu'il existe certaines ressources pour répondre aux besoins de santé mentale des réfugiés, ceux-ci se heurtent à de nombreux obstacles pour accéder à ces services.

Tout au long de la pandémie de COVID-19, de nombreux messages de promotion de la santé et de prévention des maladies ont été diffusés dans les médias dans le but de soutenir les individus dans leurs efforts pour maintenir la santé mentale pendant une période de tension extrême. Les médias d'information jouent un rôle important dans la réussite ou l'échec de ces initiatives.

Les représentations de la santé mentale des réfugiés dans les médias d'information canadiens témoignent des problèmes urgents de santé mentale de cette population au pays. La stigmatisation intracommunautaire et familiale, le manque de sensibilisation et la pandémie de COVID-19 constituent des obstacles essentiels à l'accès des réfugiés aux services de santé mentale offerts. Le bien-être mental des populations réfugiées semble se détériorer malgré les efforts déployés pour soutenir ce groupe de population. Les inégalités multidimensionnelles auxquelles étaient déjà confrontés les réfugiés avant la pandémie n'ont fait qu'être exacerbées.

Moins de services sont spécifiquement adaptés aux réfugiés, et ceux qui sont disponibles ne sont souvent pas largement diffusés. Ainsi, de nombreux réfugiés ne sont pas au courant des services dans leurs communautés qui existent pour les soutenir, a rapporté un article dans The Beacon Herald. De plus, ces services généralement disponibles pour les réfugiés ont été considérablement réduits pendant la pandémie en raison des problèmes d'accessibilité supplémentaires qui accompagnaient les mandats de distanciation sociale, a également rapporté un article dans The Ottawa Citizen.

L'isolement et l'incapacité d'accéder aux services de santé mentale ont entraîné une augmentation des troubles mentaux chez les réfugiés, comme le rapporte The Hamilton Spectator. En raison de la pandémie, des obstacles supplémentaires tels que le manque d'accès à Internet ou à un ordinateur ont rendu difficile pour certains réfugiés l'utilisation ou la prise de conscience des ressources qui leur sont offertes.

Les réfugiés semblent également plus préoccupés que les populations non réfugiées par le maintien des liens sociaux et des connexions au sein des communautés. Par exemple, un rapport de Statistique Canada a révélé que 53 pour cent des réfugiés, comparativement à 37 pour cent des personnes nées au Canada, étaient préoccupés par les risques sociaux.

Tout au long de la pandémie, les réfugiés ont largement occupé des postes de travailleurs de première ligne et de soutien de la santé en raison de la nécessité de subvenir à leurs besoins et de l'incapacité d'accéder aux ressources gouvernementales. Par exemple, jusqu'à 20 à 30 pour cent des réfugiés dans certaines communautés ont travaillé comme travailleurs de soutien personnel pendant la pandémie, a rapporté l'article d'Ottawa Citizen. Les longues heures et le stress subis dans ces types de postes pendant une pandémie ont également eu un impact négatif supplémentaire sur leur santé mentale, a rapporté un article du Toronto Star.

L'article de The Beacon Heral indique que de nombreux nouveaux arrivants au Canada ont besoin d'un soutien en santé mentale, mais évitent de profiter des services de santé mentale par peur de la discrimination et du jugement familiaux et intracommunautaires. De plus, les réfugiés ont besoin non seulement de services adaptés à leur culture, mais aussi d'un soutien spécifique aux types de maladies mentales qu'ils subissent avant de venir au Canada, comme le souligne un article de Winnipeg Free Press.

Par conséquent, la pandémie de COVID-19 a fonctionné pour exacerber et accentuer la prévalence des problèmes de santé mentale chez les populations réfugiées au Canada. Les obstacles à l'accès aux services de santé mentale disponibles et le manque de services culturellement adaptés et adaptés entravent la capacité des réfugiés à améliorer leur état de santé mentale. Selon un article de La Conversation, les groupes vulnérables au sein des populations de réfugiés, tels que les femmes et les enfants, ont subi des conflits encore plus graves.

Les réfugiés au Canada étaient déjà confrontés à des inégalités en matière de soins de santé mentale, et la pandémie n'a fait que mettre ces problèmes au premier plan. Afin de compenser les dommages supplémentaires que la santé mentale des réfugiés a subis tout au long de la pandémie, des investissements supplémentaires dans les services et les programmes dans les zones ciblées sont nécessaires et contribueront probablement grandement à contrebalancer les effets négatifs de la pandémie et à améliorer les barrières, qui existait avant elle.

Ce blog est le résultat d'un projet de recherche rendu possible par le Programme d’initiation à la recherche au premier cycle (PIRPC) de l'Université d'Ottawa, complété plus tôt cette année.

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