Qu'est-ce qui se passe après que la courbe pandémique s'aplatit?

Publié le vendredi 3 avril 2020

Auteur : Prof. Michael Wolfson

Michael Wolfson

Chercheur affilié, ISSP
Membre du Centre de droit, politique et éthique de la santé, uOttawa

Publié originalement par The Globe and Mail, le 23 mars 2020

Entrevue radio au National Post

De nombreux gouvernements, y compris le Canada, ont mis trop de temps à reconnaître la gravité de la pandémie de coronavirus alors que même des jours de retard peuvent avoir des effets importants sur le nombre de morts. Nos gouvernements ne reconnaissent que maintenant que l'aplatissement réussi de la courbe épidémique signifie que nous pourrions nous isoler pendant plus d'un mois ou deux.

La planification de la phase suivante - le moment où nous commençons à assouplir les mesures de distanciation sociale - peut et devrait commencer à se produire maintenant.

Si cette relaxation n'est pas effectuée très soigneusement, l'épidémie reprendra simplement. Pendant l'épidémie de grippe espagnole de 1918, qui a tué des dizaines de millions de personnes dans le monde, certaines villes, comme Saint-Louis, ont rapidement instauré une distanciation sociale rigoureuse, tandis que d'autres, comme Philadelphie, ne l'ont pas fait. Les deux cas ont repris l'épidémie après que leurs efforts de distanciation sociale et de quarantaine ont été relâchés.

À l'heure actuelle, un problème majeur est que nous ne savons même pas, au Canada et dans la plupart des autres pays, combien de personnes sont infectées. Nous savons combien de cas ont été signalés, mais il s'agit généralement de personnes présentant des symptômes plus que très légers. Diverses études ont estimé que pour chaque cas signalé, il pourrait y avoir de 10 à 100 cas non déclarés.

Limiter avec succès la propagation du virus est possible, comme on peut le voir à Wuhan, à Singapour, à Taiwan et en Corée du Sud. Nous pouvons éviter la catastrophe qui se déroule dans certaines parties de l'Italie, où les médecins doivent maintenant décider qui parmi leurs patients gravement malades peut sauver leur vie avec un ventilateur.

Mais comment saurons-nous quand et comment commencer à assouplir les mesures très strictes de distanciation sociale actuellement mises en œuvre, et permettre aux Canadiens de reprendre leur vie quotidienne en toute sécurité sans craindre de tomber malade et sans risquer d'infecter quelqu'un d'autre?

Pour une politique de santé publique fondée sur des données probantes, nous avons besoin d'informations précises.

Il existe un mouvement international pour développer des applications pour smartphone qui, grâce à l'analyse des mégadonnées, pourraient fournir des informations en temps réel indispensables pour suivre la pandémie. Mais les options sérieuses se heurtent rapidement à des questions de protection de la vie privée, en particulier avec les préoccupations croissantes du public concernant les comportements des entreprises de haute technologie telles que Google, Facebook, Amazon et Twitter.

Alors, y a-t-il un moyen, au Canada, d'être à la fois sensible à des préoccupations très réelles concernant la vie privée et d'utiliser le potentiel évident des applications de type réseaux sociaux?

En principe, les personnes immunisées pourraient se voir délivrer une «carte verte» les autorisant à reprendre pleinement toutes leurs activités sociales. En revanche, ceux qui sont infectés auraient un «carton rouge», tandis que ceux qui sont encore sensibles seraient dans un état « jaune ». En fait, la Chine met en œuvre un système comme celui-ci en utilisant déjà une application pour smartphone. Si votre téléphone est rouge, votre liberté est très restreinte.

De toute évidence, au Canada, les mesures de surveillance devraient être conformes aux protections garanties par la Charte canadienne des droits et libertés et les lois fédérales et provinciales pertinentes sur la protection des renseignements personnels. Mais il y aurait des avantages majeurs à développer ce type d'infrastructure de données pour gérer à la fois les phases actuelles et ultérieures de la pandémie.

La politique de santé publique et sa mise en œuvre nécessitent des moyens intelligents pour gérer l'assouplissement des mesures de confinement du COVID-19. Cela comprend la capacité d'identifier rapidement, en temps réel, des grappes de nouvelles infections et de les isoler; et surveiller les personnes arrivant de l'extérieur du pays au cas où elles deviendraient infectieuses.

Il sera également nécessaire de surveiller les mouvements de toute personne déjà infectée afin de renforcer l'isolement, car le vaste bassin de Canadiens qui seraient encore susceptibles d'être infectés retrouve une vie sociale plus normale. Les flux actuels de données de surveillance des maladies infectieuses au Canada ne sont tout simplement pas conformes aux normes de pays comme Taiwan.

Pourtant, il y a des compromis très sérieux ici. Plus les données collectées sont détaillées, plus les preuves pouvant être produites pour éclairer une politique de santé publique intelligente sont sophistiquées. Mais en même temps, une collecte de données plus détaillée sera plus envahissante pour la vie privée des individus.

Être en mesure de déployer ce type de surveillance des maladies infectieuses géographiquement détaillée en temps réel nécessite une planification sérieuse de la part des gouvernements canadiens et des chercheurs clés.

Il n'est pas trop tôt pour commencer à discuter où trouver le bon équilibre.

Haut de page