Le meilleur et le plus brillant

Publié le mardi 9 septembre 2014

Auteur : Margaret McCuaig-Johnston

Margaret McCuaig-Johnston

Professionnelle-en-résidence, ISSP
Ancienne sous-ministre adjointe fédérale au CRSNG, RNCan et au département de finances

Certains des scientifiques les plus brillants du monde sont des canadiens. Prenez par exemple Gilles Brassard en cryptographie quantique, Paul Corkum en physique attoseconde et Barbara Sherwood-Lawlor en sciences de la terre qui sont des leaders internationaux dans leurs domaines respectifs. Il y a peu de doute que les Canadiens éxecutent leur travail de manière efficace étant donné nos ressources modestes. La question est: soutenons-nous efficacement nos meilleurs talents pour leur permettre de collaborer avec les meilleurs chercheurs à travers le monde, et pour permettre à nos entreprises de réaliser la valeur de notre investissement de recherche?

Le Canada produit 4,1% de tous les articles de recherche et ne réalise que 2,1% ($24,3 milliards) de la recherche et du développement entrepris dans le monde. C’est le double de ce qu’il était durant les années 1980 et 1990, mais encore loin derrière les pays comme les États-Unis ($405 milliards), la Chine ($296 milliards), le Japon ($160 milliards), l’Allemagne ($69 milliards) et la Corée du Sud ($56 milliards) et même derrière la France ($42 milliards), le Royaume-Uni ($38 milliards) et l’Inde ($36 milliards).

La science et la technologie sont, de leur nature même, internationales. Des découvertes dans le domaine de la chimie et les innovations en ingénierie peuvent avoir lieu partout dans le monde. L’innovation de fine pointe est née quand les meilleurs d’une discipline sont capables de travailler ensemble en équipe pour profiter du génie de chaque membre. Ce que nous appelons Big Science (méga-science) dans des domaines tels que la physique et l’astronomie a été caractérisé par de nombreuses décennies de collaboration internationale, étant donné que chaque projet était généralement trop coûteux et trop complexe pour qu’un seul pays puisse l’entreprendre seul. La science du changement climatique a nécessairement fait l’objet de projets conjoints au niveau international.

Mais dans d’autres disciplines, à quel point le Canada facilite-il la mobilité de nos scientifiques et de nos ingénieurs afin qu’ils puissent participer à cette recherche conjointe au profit du Canada? La plupart des chercheurs canadiens établissent des liens efficaces avec leurs collègues américains; la proximité géographique et culturelle est un énorme avantage pour les scientifiques qui désirent participer à la recherche et au développement annuel de $405 milliards entrepris par des scientifiques américains.

Mais qu’en est-il du reste du monde? Pendant des décennies, le Canada a reçu des mémorandums d’entente en science et en technologie avec d’autres pays, mais ils n’ont entretenu pratiquement aucune collaboration. Plus récemment, un élément clé a été des accords de science et de technologie avec des pays cibles, dont la Chine, le Brésil, l’Israël et l’Inde, à travers un comité joint des deux pays qui avait pour but d’identifier les priorités de recherche pour les projets financés. Les partenariats internationaux en science et en technologie (PIST) ont géré le processus d’évaluation par ses pairs au Canada et ont organisé des ateliers conjoints de chercheurs. (J’ai servi sur le comité mixte Canada-Chine sur les sciences et la technologie pendant sept ans jusqu’à ma retraite il y a un an.)

Ces ententes sur les sciences et la technologie sont encore relativement nouvelles, mais nous pouvons déjà commencer à évaluer leur fonctionnement. Au cours des cinq premières années avec la Chine, $20 millions ont été versés à partir du Canada à 17 projets dans cinq disciplines, tous avec des entreprises impliquées bénéficiaires. La Chine a fourni le financement correspondant pour leurs chercheurs et leurs entreprises. Puis, avec un recentrage conçu pour générer plus d‘impact, des ressources ont été identifiées pour des projets plus importants dans seulement deux disciplines : le transport automobile propre et les vaccins humains. Avec l’annonce futur des projets et des entreprises sélectionnées, le gouvernement peut prendre du recul et le modèle peut être évalué en même temps que d’autres modèles pour déterminer comment le Canada devrait établir des partenariats avec la Chine et d’autres pays.

Un deuxième modèle est le Centre d’excellence en recherche Canada-Inde, annoncé dans le budget de 2011 dans le cadre de la Stratégie de mobilisation de l’Inde. Ce centre a été choisi dans le cadre d’un processus concurrentiel géré par le programme du Réseau des centres d’excellence. Il est dirigé par trois universités canadiennes et effectuera $13,8 millions en recherche au cours des années 2012-2017 dans le cadre de neuf projets conjoints avec 158 chercheurs et 61 partenaires, y compris le secteur privé, dans les deux pays.

Un autre modèle met en œuvre la recherche et le développement (R&D) international grâce à un financement réservé dans les programmes des conseils subventionnaires. Leurs processus d’évaluation par les pairs sont bien établis et inégales à l’échelle internationale. Des initiatives telles que le Human Frontier Science Program et l’Initiative des conseils de recherche des pays du G8 ont établi des priorités conjointes dans un certain nombre de pays et ont financé les principales équipes de recherche. Le gouvernement pourrait donner une dimension de collaboration internationale au nouveau Canada First Research Excellence Fund, qui a été annoncé dans le budget de 2014 pour 1,5 milliards sur 10 ans.

L’élément commun des initiatives utilisées à ce jour est le faible niveau de financement qui leur est attribué. L’ancien Ministre des Finances, Jim Flaherty, a parlé de la recherche universitaire comme un investissement plutôt que comme une dépense budgétaire, mais il était limité par un déficit. Quelques millions de dollars par année ne suffisent pas pour constituer une base sérieuse sur laquelle s’associer avec des pays comme la Chine et l’Inde. Ils forment certains des meilleurs scientifiques et ingénieurs dans le monde, et leurs chercheurs peuvent s’associer avec qui ils veulent. Nous aimerions qu’ils choisissent les Canadiens, pas seulement pour que nous puissions profiter des découvertes et des idées dans des projets précis, mais pour établir un nouveau partenariat avec les pays qui ouvriront des voies en sciences et en génie à l’avenir. Si nous ne travaillons pas avec eux à court terme, nous resterons en marge de la recherche internationale à long terme.

Alors, où le gouvernement du Canada pourrait-il se concentrer à l’avenir dans le but d’aider nos meilleurs chercheurs à collaborer avec d’éminents chercheurs d’autres pays?  Comme bon nombre de lecteurs le savent, le gouvernement du Canada  réévalue actuellement sa Stratégie de la science et de la technologie lancée en 2007. Sa consultation nationale est completée et rien n’indique qu’il a mené une consultation internationale ciblée sur la stratégie du Canada, comme l’a fait la Chine avec sa 7ième revue annuelle unique sur son 2006-2020 National Medium and Long Term Program for S&T Development qui expose la stratégie pour rendre la Chine un pays innovateur d’ici 2020.

La réévaluation de notre stratégie est une excellente occasion pour l’honorable Ed Holder, nouveau ministre d’État (sciences et technologie) du Canada, et l’honorable Ed Fast, ministre du Commerce international, de laisser leur empreinte à l’orientation du Canada en sciences et en technologie. L’une de leurs principales priorités devrait être de faire en sorte que la capacité du Canada de s’associer à la recherche internationale soit l’un des éléments clés de la stratégie de Science et Technologie, avec de solides agents d'éxecution et un mécanisme de revue par les pairs. Ce qui est tout aussi important alors que le Canada sort du déficit, c’est que les ministres Holder et Fast travaillent en étroite collaboration avec l’honorable Joe Oliver, le nouveau ministre des Finances, pour s’assurer que ces programmes reçoivent un financement suffisant pour que les chercheurs canadiens puissent s’associer aux meilleurs et aux plus brillants – où qu’ils soient dans le monde.

 

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