Il n'y a rien de diplomatique dans la diplomatie des otages

Publié le mardi 16 mars 2021

Auteur : Margaret McCuaig-Johnston

Margaret McCuaig-Johnston

Professionnelle-en-résidence, ISSP uOttawa
Conseil consultatif du Forum Canada Chine

Publié originalement au Toronto Star le 10 mars 2021

La Chine est devenue dangereusement à l'aise avec la pratique consistant à détenir des ressortissants étrangers pour des accusations fabriquées de toutes pièces. Cette tactique est souvent appelée « diplomatie des otages », mais nous ne devrions pas l'appeler ainsi. Il n'y a rien de diplomatique à ce sujet.

En réalité, il s'agit d'un enlèvement, en particulier de la personne qui est emmenée dans la rue par des inconnus, un sac noir passé au-dessus de sa tête et détenue dans un lieu non divulgué sans possibilité d'appeler un avocat ou sa famille pendant plusieurs mois.

Ces détentions sont brandies comme une arme contre les pays d’origine des otages. Le Canada a vu cette tactique utilisée contre nous, plus récemment avec la détention arbitraire par la Chine de Michael Kovrig et Michael Spavor.

Les deux hommes sont emprisonnés et soumis à la torture depuis décembre 2018 en représailles apparentes à l'arrestation par extradition par le Canada du dirigeant de Huawei, Meng Wanzhou. En 2014, les Canadiens Kevin et Julia Garratt ont subi la même épreuve lorsqu'ils ont été détenus en Chine comme levier dans une autre affaire d'extradition aux États-Unis.

Il est effrayant de voir à quel point un pays est prêt à kidnapper des gens comme celui-ci. J'étais à Shanghai quand les Michaels ont été enlevés. J'ai dit à un ressortissant chinois qu'ils avaient été détenus et il a répondu que Pékin avait une liste de 100 Canadiens qu'ils peuvent prendre et interroger à tout moment. À mon retour au Canada, plusieurs autres m'ont parlé de la liste. Il ne fait aucun doute que Pékin tient également des listes de citoyens d'autres pays. L'animateur de télévision australien récemment détenu Cheng Lei figurait probablement sur leur liste.

Heureusement, il y a maintenant un fort consensus parmi les nations sur le fait que cette prise d'otages est inacceptable. Après plusieurs mois de pression pour la libération de nos Canadiens, l'ancien ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a identifié la nécessité d'une plus grande coalition de pays pour dénoncer ce comportement peu diplomatique. Le mois dernier, nous avons vu les résultats de ses efforts, développés dans le cadre des missions du Canada à l’étranger.

58 pays remarquables, plus l'Union européenne en tant qu'organisation, ont signé la Déclaration contre la détention arbitraire dans les relations d'État à État. Pour parvenir au consensus le plus large possible, la déclaration ne vise aucun pays en particulier et les signataires sont diversifiés au niveau régional.

De nombreux pays se sont retrouvés dans la situation du Canada et d’autres craignent d’être visés à l’avenir. Au cours de l'événement de lancement de trois heures, tous les ministres des Affaires étrangères ont pris la parole et ceux de plusieurs pays d'Europe de l'Est ont décrit avec éloquence des tactiques similaires utilisées par la Russie. D'autres pays auteurs ont également été mentionnés.

Le secrétaire d'État américain Antony Blinken a condamné fermement une telle détention arbitraire. On s'attend à ce que davantage de pays signent, et ne pas signer isolera davantage ces pays qui prennent des otages.

Les doubles citoyens sont particulièrement mis en évidence dans la déclaration, car ils sont souvent pris entre deux nations qui ont des désaccords politiques. Dans le cas de la Chine, les autorités font maintenant pression sur les Canadiens détenus nés en Chine pour qu’ils renoncent à leur citoyenneté canadienne afin qu’ils ne reçoivent pas de services consulaires. C’est également une question que les signataires se sont engagés à régler.

Bien que cette nouvelle initiative n'apporte peut-être pas la libération immédiate des Michaels, elle constitue un premier pas important vers l'établissement d'une norme internationale d'attentes concernant le comportement des pays responsables. Il offre également un nouveau forum permettant aux pays de travailler ensemble pour prendre des mesures sur des cas spécifiques.

Et il y a encore une chose que le Canada pourrait faire pour les citoyens innocents soumis à de telles prises d'otages. Nous avons vu que la Chine utilise des aveux forcés à la télévision pour menacer l'otage et punir son pays. Ces aveux forcés ont été diffusés au Canada sur les réseaux chinois de CCTV et de CGTN.

Depuis 15 mois, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) étudie une demande d'annulation de leurs inscriptions canadiennes pour ce qui est qualifié de contenu abusif. Le Royaume-Uni et l'Australie ont déjà annulé les licences des réseaux dans ces pays, et des amendes importantes ont été imposées pour certains des mêmes aveux forcés diffusés au Canada. Le CRTC devrait agir dès maintenant contre les infractions au contenu des réseaux dans ce pays. Ce serait un autre moyen important de freiner les abus d’otages en Chine.

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