Exploitez le potentiel du captage du carbone en renforçant la confiance du public

Publié le mardi 6 avril 2021

Auteur : Patricia Larkin, Stephen Bird et Monica Gattinger

Associé principal de recherche, Énergie positive
Chercheur affilié, Énergie positive
Présidente, Énergie positive et Directrice, ISSP, uOttawa

Publié originalement pour Options politiques, le 1 avril 2021

À mesure que les objectifs d’émissions de gaz à effet de serre du Canada pour 2030 se rapprochent, notre liste d’options technologiques deviendra de plus en plus fixe. Un rapport récent de l'Institut canadien pour les choix climatiques indique que la plupart des réductions d'émissions nécessaires pour atteindre nos objectifs de 2030 proviendront probablement des technologies existantes. Une cascade de nouvelles études, de commentaires et de concours financés par des milliardaires a remis l'accent sur le captage, l'utilisation et le stockage du carbone (CUSC). Cette technologie est établie dans l'Ouest canadien, mais demeure sous-développée en tant qu'option d'atténuation pour les industries ponctuelles et à forte intensité d'émissions telles que la fabrication de pétrole et de gaz, de ciment, d'acier et de produits chimiques.

Une nouvelle étude d'Énergie positive de l'Université d'Ottawa explique ce qu'il faudrait pour changer cela.

L'histoire du CUSC à ce jour est en grande partie celle d'un potentiel inexploité. Presque tous les scénarios d'émissions où l'augmentation du réchauffement climatique est maintenue en dessous de 2 degrés Celsius impliquent un déploiement généralisé du CUSC et éventuellement des émissions négatives. Un sondage d’Énergie positive montre que 74% des Canadiens s’attendent à une transition vers une économie d’énergie propre avant 2050. De plus, une majorité de 52% estiment que l’exploitation des combustibles fossiles est compatible avec l’atteinte des objectifs climatiques du pays. Sans captage du carbone, cet avenir est hautement improbable. L’expertise du Canada en matière de CUSC, comme en témoignent de multiples projets intégrés à grande échelle, nous a mis dans une position privilégiée pour tirer davantage parti des avantages économiques et environnementaux de cette technologie.

Malgré notre expertise, le Canada en est aux premières étapes de la réflexion sur les défis socioéconomiques, politiques et stratégiques posés par le CCUS, en particulier la question de la confiance du public. Notre recherche identifie un certain nombre de mesures que le gouvernement et l'industrie peuvent prendre pour mieux gérer ces risques. Sans la confiance des investisseurs et du public dans la technologie et les décisions qui la régissent, le CCUS restera probablement une histoire de potentiel inexploité.

Le Canada a besoin d'une discussion beaucoup plus solide sur les risques non techniques du déploiement et de la mise à l'échelle de solutions climatiques comme le CUSC. Notre étude a entrepris un examen complet des publications universitaires, industrielles et gouvernementales, ainsi que des entretiens approfondis avec des décideurs représentant un éventail de points de vue sur la politique et la mise en œuvre du CUSC. La recherche a révélé que la gestion efficace des risques politiques, politiques et de projet liés à cette technologie nécessitera à la fois des leviers politiques et réglementaires, ainsi que la coopération des parties prenantes de l'industrie.

La confiance du public est avant tout de savoir si les gens considèrent le CUSC comme une « technologie propre ». Nous avons rencontré deux conceptions des technologies propres dans notre travail: l'une est une conception étroite axée sur la réduction des émissions, tandis que l'autre est plus large et s'étend au-delà des émissions à d'autres impacts environnementaux, sanitaires ou économiques. Reste à voir quelle conception dominera au fil du temps.

Le CUSC pour la production de pétrole et de gaz croise les débats sur l'avenir de ces ressources énergétiques dans l'économie canadienne. Les sondages menées par Énergie positive ont montré que si la plupart des Canadiens conviennent que le pétrole et le gaz seront importants pour l'économie future du pays, les opinions sur la question peuvent être polarisées. selon des principes partisans. En tant que tel, il sera crucial de prendre en compte la perception du public et le risque de polarisation pour poursuivre une large application du CUSC.

Les participants à notre étude estiment que le CUSC répond aux critères des technologies propres. Le climat est, bien sûr, indifférent à nos définitions, mais les programmes de financement et la politique gouvernementale ne le sont peut-être pas. L'acceptation de CCUS comme « propre » est cruciale pour l'accélération de la recherche, du développement et du déploiement.

C'est là que l'éducation du public sera importante. Nous avons constaté que l'information et l'éducation actuelles sur les technologies CUSC destinées aux décideurs et au grand public doivent être renforcées. En particulier, communiquer que le CUSC n'est pas exclusif à l'utilisation et à la production de combustibles fossiles - et qu'il a en fait de nombreuses applications potentielles pour les secteurs « difficiles à réduire » - est essentiel pour améliorer la compréhension du public. La réduction, la capture et la réduction des «émissions de processus» provenant de la fabrication lourde comme la fabrication de ciment, d'acier et de produits chimiques offrent des opportunités claires. La démonstration et la communication efficace des réussites actuelles et futures potentielles sont également essentielles au progrès technologique et économique du CUSC.

Mais cela ne s’arrête pas à l’éducation du public. Nous avons identifié le besoin d'améliorer les communications CUSC et le partage des connaissances à tous les niveaux, y compris les réseaux internationaux et les démonstrations pour les marchés d'exportation. Le Canada est un chef de file mondial en matière de CUSC, de sorte que le partage international des connaissances pourrait améliorer notre avantage concurrentiel. L'apprentissage et l'engagement de toutes les parties prenantes et du public seront essentiels à l'avenir. L'érosion du soutien de l'industrie, des parties prenantes ou du public (que ce soit le soutien à des projets spécifiques ou plus largement la technologie elle-même) pourrait freiner la dynamique.

Le processus d'élaboration d'une stratégie nationale serait un exercice important d'éducation du public et de partage des connaissances en soi.

Les gouvernements peuvent faire plus pour stimuler le CUSC en définissant une politique climatique claire et cohérente, y compris une trajectoire de prix prévisible pour le carbone et un environnement réglementaire qui soutient l'innovation. Une tarification cohérente du carbone en particulier sera cruciale: elle crée le signal de prix nécessaire pour les investisseurs et les innovateurs, et souligne la nécessité et la valeur de la technologie, en particulier pour les industries où le CUSC peut être la seule stratégie d ' atténuation. La nouvelle voie d’Ottawa pour la tarification du carbone, qui voit la taxe sur le carbone passer à 170 $ la tonne d’ici 2030, est une étape importante. La décision de la Cour suprême de la semaine dernière confirmant le droit constitutionnel du gouvernement fédéral de fixer le prix du carbone dans l’intérêt national est également cruciale.

Mais cela doit être plus qu'un simple ensemble d'actions disjointes. L'une des principales recommandations de notre étude est la nécessité d'une stratégie nationale de CUSC. Tout comme la feuille de route et le plan d'action pour les petits réacteurs modulaires et la stratégie nationale pour l'hydrogène, cela nécessitera une coopération fédérale-provinciale et industrielle renforcée, ainsi que l'engagement des groupes concernés, des intervenants et et les titulaires de droits. Le processus d'élaboration d'une stratégie nationale serait un exercice important d'éducation du public et de partage des connaissances en soi.

Plusieurs autres options de gestion des risques que nous avons identifiées nécessitent une action conjointe entre les décideurs et l'industrie. Les coûts du CUSC sont en baisse mais restent relativement élevés, en particulier pour la capture. Les participants de l'industrie ont signalé le partage des coûts comme une préoccupation majeure pour répartir les risques et fournir des incitations supplémentaires à l'innovation, à la créativité et à l'esprit d'entreprise. Une analyse et un développement approfondis de stratégies de stockage pourraient également aider à démontrer la valeur potentielle des différentes technologies CUSC. Nous insistons à nouveau sur le fait que cela inclut d'étendre notre compréhension des applications CUSC potentielles au-delà du secteur des combustibles fossiles.

2030 arrivera en un clin d'œil. Les plans pour atteindre nos objectifs climatiques pour 2030 et au-delà doivent prendre au sérieux la question de la confiance du public dans les technologies d'atténuation potentielles. Une opinion publique et une politique polarisées pourraient s'avérer fatales pour bon nombre des percées dont nous avons besoin pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Un large éventail d'actions sera nécessaire pour tirer pleinement parti des avantages du CUSC. Le renforcement de la confiance du public est en haut de la liste.

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