Les échecs du Canada en matière de droits humains sur la COVID

Publié le jeudi 1 octobre 2020

Auteur : Prof. Errol Mendes

Errol Mendes

Membre du comité consultatif, ISSP
Professeur, Faculté de droit, uOttawa

Le jeudi 24 septembre, l'ISSP a accueilli l’événement Alimenter la réflexion de l’ISSP Science, Society and Policy in the Age of COVID19: What Changes will Stick? Which will Prove Fleeting?. Ce blog est une adaptation des propos du conférencier.

Lorsque la COVID-19 a été déclaré pandémie, tout le monde disait que nous y sommes tous ensemble. Six mois plus tard, il est clair que nous ne le sommes pas. Nous avons constaté d'énormes disparités en termes d'impacts de ce virus sur les personnes âgées, les chômeurs et sous-employés, les femmes, les peuples autochtones et les minorités racialisées. En d'autres termes, la majorité de notre population.

Commençons par les personnes âgées. Dans tout le pays, entre 77 et 80% des décès liés au COVID proviennent d'établissements de soins de longue durée. Il est étonnant que cela se poursuive et cela est renforcé par l'incapacité du gouvernement à reconnaître le rôle qu'il y a joué. Selon le Globe and Mail, le gouvernement de l'Ontario ne garantit pas la santé et la sécurité des résidents de ces établissements, affirmant que la responsabilité incombe à ceux qui les dirigent et les exploitent. Gardez à l’esprit que le ministère des Soins de longue durée de l’Ontario réglemente, autorise et inspecte les 623 foyers de soins de longue durée de la province. Ils sont maintenant poursuivis pour 500 millions de dollars pour leur rôle dans ces morts et ces souffrances.

J'ai été heureux de voir une reconnaissance de ces enjeux dans le discours du Trône. Nous pouvons voir des normes nationales pour les foyers de soins de longue durée ou même envisager des poursuites pénales contre ceux qui causent activement des décès et de graves souffrances aux personnes âgées. Mais la responsabilité incombera-t-elle aux gardiens surchargés, ou ce seront les organisations qui gèrent ces installations? Cela n'a pas été déterminé.

Si nous nous tournons vers le chômage, nous constatons à nouveau des disparités incroyables. Prenons d’abord les femmes, la majorité de la population de ce pays. Les femmes occupant des emplois mieux rémunérés n’ont, dans une large mesure, pas souffert autant que les femmes à faible revenu, en particulier celles qui ont des enfants. Le nombre total d'heures travaillées par les mères d'enfants de moins de six ans est en baisse de 17%, contre seulement 4% des hommes ayant des enfants de moins de six ans.

Si nous nous tournons vers la race, des chiffres étonnants sur le chômage proviennent de Statistique Canada, qui n'a commencé à analyser le marché du travail en fonction de la race qu'en juillet. Tous les groupes raciaux non blancs connaissent des taux de chômage beaucoup plus élevés que leurs homologues blancs. Les Sud-Asiatiques et les travailleurs autochtones hors réserve étaient les plus désavantagés, avec des taux de chômage de 17,8% par rapport à 9,3% dans l'ensemble. La situation des travailleurs de chantier est encore pire.

J'ai de nouveau été ravi de voir le discours du Trône reconnaître que les femmes ont dû faire face à un fardeau plus lourd à cet égard, ainsi que la déclaration intéressante selon laquelle il y aura une approche féministe intersectionnelle pour remédier à ces inégalités. On a également reconnu la discrimination, mais pas grand-chose en termes de résolution des problèmes d’emploi auxquels les groupes racialisés sont confrontés à long terme.

Voici le hic. Comment nous réconcilier en tant que pays attentif aux inégalités, qui dit au reste du monde que nous sommes des champions de l'inclusion et des droits de l'homme pour tous, et dit au reste du monde qu'il devrait faire mieux? Nous avons beaucoup de travail à faire.

Nous avons besoin d'une construction massive de notre infrastructure sociale pour relever ces défis fondamentaux de gouvernance et de réglementation. Si nous ne le faisons pas, ce ne sera pas la dernière catastrophe à laquelle nous serons confrontés. Certains scientifiques disent qu'il y a plusieurs pandémies derrière celle-ci. Faire face à la prochaine crise exigera un examen et une préparation approfondis de la part de nos meilleurs esprits et de nos meilleurs praticiens. À long terme, tous les Canadiens doivent repenser notre infrastructure sociale et nos structures de gouvernance. La question que nous devons maintenant nous poser est de savoir si nous en sommes capables.

Pour les travailleurs mieux payés, la récession causée par la pandémie a pris fin en août. Le reste de la population souffre toujours d'une grande détresse économique et sociale. Les nouvelles infrastructures sociales doivent se concentrer sur l'élévation du plancher économique et social de la majorité de la population. Cela exigerait de donner une plus grande voix à ceux qui sont prêts à remettre en cause les structures actuelles qui enracinent les inégalités. Les mesures conçues pour «élever le plancher» pour la majorité des Canadiens pourraient inclure l'établissement d'un revenu de base universel et une éducation postsecondaire gratuite pour ceux qui n'ont pas les moyens de payer. Nous constatons également une demande accrue de décisions judiciaires plus progressistes et de nouveaux mécanismes et financements pour lutter contre la discrimination systémique à l'égard des femmes, des minorités raciales et des personnes âgées dans l'emploi, l'éducation, le système de justice pénale, le logement et les soins de santé.

Ce ne sont pas des options à considérer après avoir vaincu la pandémie. Il est essentiel de «lever le plancher» au plus fort de la pandémie car la COVID-19 a un impact moral irrésistible. Si cela entraîne des souffrances massives et inégales, cela pourrait confiner tout le pays à un avenir social, politique et économique de plus en plus fracturé longtemps après que nous ayons vaincu ce virus.

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