La COVID-19 montre l'importance de la prise de décision fondée sur des preuves

Publié le mercredi 14 octobre 2020

Auteur : Kimberly Girling

Membre du comité consultatif, ISSP
Directrice exécutive intérimaire, Evidence for Demcracy

Le jeudi 24 septembre, l'ISSP a accueilli l’événement Alimenter la réflexion de l’ISSP Science, Society and Policy in the Age of COVID19: What Changes will Stick? Which will Prove Fleeting?. Ce blog est une adaptation des propos de la conférencière.

Depuis l'émergence de la COVID-19, nous avons vu des exemples clairs et encourageants de la façon dont la science et les politiques fondées sur des données probantes ont façonné la réponse du Canada à la pandémie. Les responsables de la santé publique ont reçu une plate-forme, garantissant que les scientifiques transmettent réellement des messages au public et leur fournissent les connaissances dont ils ont besoin pour prendre des décisions éclairées. De nouveaux outils émergent pour aider les gouvernements à trouver et à utiliser plus efficacement les données probantes. Par exemple, des conseillers scientifiques principaux et ministériels ont dirigé le développement de CanCovid, une plateforme qui utilise Slack et des outils numériques pour aider les scientifiques du Canada à accélérer la communication scientifique et l'utilisation de la science dans la prise de décision. Nous avons également vu l'émergence de groupes de travail et de groupes consultatifs pour aider à combler le fossé entre les chercheurs et les décideurs sur des questions scientifiques critiques. En plus de cela, nous avons vu de nouveaux investissements importants dans la recherche scientifique pour les traitements et le développement de vaccins, ce qui démontre l'importance de la science pour aider à résoudre cette crise.

Bien entendu, pour prendre de bonnes décisions fondées sur des données probantes, nous avons besoin de preuves solides. Pourtant, la COVID-19 met en évidence certaines de nos lacunes en matière de données. Par exemple, une nouvelle étude de Santé publique Ottawa montre que 66 pour cent des personnes à Ottawa qui ont été testées positives pour le COVID-19 font partie de groupes racialisés. Cette statistique souligne à quel point il est important d'avoir accès à des données robustes et désagrégées pour nous aider à mieux comprendre comment la COVID-19 a vraiment un impact sur diverses populations. Nous avons également besoin de données de test et de recherche des contacts plus solides pour mieux comprendre où et comment la maladie se déplace et créer des modèles et des prévisions solides. Tout cela nécessite une meilleure collecte de données et une meilleure gestion des données, ainsi que de bons outils qui permettent aux créateurs de preuves de transmettre ces preuves aux décideurs et au public. Tout cela est vraiment difficile à faire efficacement, en particulier lorsque nous examinons quelque chose comme la COVID-19 où les informations changent si rapidement et nos besoins en données sont si élevés.

Bien que nous ayons vu des mesures encourageantes prises au Canada pendant le COVID-19, il y a encore des défis majeurs auxquels la science et la prise de décision fondée sur des données probantes doivent faire face. Nous voyons en temps réel à quel point la désinformation peut rendre très difficile pour les gouvernements de trouver et d'utiliser la meilleure science disponible, en particulier lorsqu'il y a tant de peur et d'anxiété dans le public. Ces derniers jours, des responsables de la santé publique ont reçu des menaces de mort parce qu'ils préconisaient l'utilisation de masques. Ces défis deviennent de plus en plus omniprésents avec l'augmentation de la communication numérique, où les scientifiques ainsi que les mauvais acteurs peuvent si facilement communiquer avec un large public. Bien que nous assistions à des investissements dans ces domaines, comme le nouveau fonds du Patrimoine canadien pour soutenir la lutte contre la désinformation, ce problème ne disparaît pas.

La confiance est un autre problème majeur. Bien qu'un sondage récent de 3M indique que la pandémie conduit à une augmentation de la confiance dans la science, des défis subsistent en ce qui concerne la confiance dans les institutions et les experts. Par exemple, le Baromètre de la confiance d'Edelman pour 2020 montre que seulement 53% des Canadiens font confiance aux institutions de base comme le gouvernement, une baisse de 3 points de pourcentage par rapport à l'année dernière. Des situations comme le COVID-19, où la science évolue rapidement et le public est anxieux et craintif, peuvent nuire à la prise de décision éclairée par des preuves, même si nous disposons des bons outils pour cela.

Le COVID-19 a montré les avantages de l'utilisation de preuves comme fondement de la prise de décision en termes très clairs et qui donnent à réfléchir. Notre réponse n’a pas été parfaite, mais il est clair que l’approche du Canada repose sur la science et les preuves. Le Canada dispose de bons outils pour contribuer à éclairer les politiques fondées sur des données probantes, mais nous devons nous assurer que ces outils sont protégés et continuent de se développer. Si nous voulons augmenter l'utilisation de la prise de décision fondée sur des preuves, pour le COVID-19 et au-delà, nous devons soutenir la demande du public à ce sujet.

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