Comportement du modèle: Utiliser des modèles climat-économiques pour informer les politiques

Publié le lundi 23 janvier 2017

Auteur : Marisa Beck

Marisa Beck

Chercheure postdoctorale, ISSP
Candidat au doctorat en gouvernance mondiale (ABD) à la Balsillie School of International Affairs, Université de Waterloo

Le gouvernement canadien a exprimé son engagement dans la fondation d’une action contre le changement climatique basée sur une prise de décision factuelle et sur la science robuste. Les modèles informatisés d’économie climatique sont devenus des outils standardisés pour aider la prise de décision au niveau de la politique climatique. En tant que tels, ces modèles offrent un exemple important et révélateur de l’interface science-politique dans laquelle travaille l’ISSP.

Comment ces modèles fonctionnent-ils et comment les connaissances modélisées alimentent-elles la politique climatique dans la pratique?

Au sein de ma recherche doctorale, j’étudie des modèles d’évaluation intégrée (MÉA), une famille particulière de modèles d’économie climatique. Les MÉA sont des modèles de simulation informatique qui combinent des représentations mathématiques du système climatique, du système économique et des interactions entre les deux. L’objectif des MÉA est d’informer la politique. Certains MÉA calculent des cibles optimales pour la réduction des gaz à effet de serre et d’autres comparent les impactes économiques et environnementaux des scénarios de politique climatique alternatifs. Une application courante des MÉA dans la politique climatique nationale est le calcul du coût social du charbon (CSC). Cet indicateur est un élément important de l’analyse de l’impact de la réglementation; il mesure les dommages qui sont causés par la libération d’une tonne de carbone supplémentaire dans l’atmosphère.

Dans ma thèse de doctorat, j’explore en profondeur les entrées et les sorties des MÉA – les hypothèses, les valeurs et les croyances qui se manifestent dans les équations mathématiques des modèles et dans les résultats des modèles. Mais il y a toutefois une autre question importante que je n’ai pas encore pu aborder dans ma recherche : comment les décideurs utilisent-ils réellement la modélisation d’économie climatique dans la pratique?

Il est naïf de supposer que les résultats du modèle informent directement les décisions. Le processus politique est complexe; la connaissance scientifique n’est qu’un des nombreux facteurs potentiellement influents. En particulier, le changement climatique est à la fois une question techniquement complexe et politiquement controversée. Le degré élevé d’incertitude quant à l’ampleur et au timing des impacts du changement climatique oblige les modélisateurs à faire de nombreux choix dans le développement des MÉA. Par conséquent, plutôt que d’assumer une direction linéaire d’influence des modèles d’économie climatique vers la politique, il est plus réalise d’assumer des influences mutuelles entre ces deux sphères, comme je le soutiens dans ma dissertation. En conséquence, les modèles ne sont ni objectifs, ni sans valeur.

Dans ce contexte, on ne sait pas exactement quel rôle la connaissance modélisée devrait avoir dans la prise de décision par rapport à d’autres types de connaissances telles que les connaissances communautaires et autochtones qui peuvent légitimement influencer les politiques et qui représentent mieux les points de vue éthiques importants des problèmes découlant du changement climatique.

Les parties prenantes du changement climatique sont divers et géographiquement dispersées. Les personnes les plus touchées par les effets du changement climatique, les populations des pays émergents et des états insulaires, ne sont généralement pas responsables des émissions importantes des gaz à effet de serre. Les implications éthiques de cette répartition inégale de la responsabilité historique pour le changement climatique ainsi que les dommages climatiques sont difficiles à quantifier, et les MÉA classiques ne traitent généralement pas de cette question.

De même, étant donné que le changement climatique possède un horizon à long terme, les parties prenantes incluent des générations futures qui ne peuvent pas être présents aujourd'hui à la table de négociation. Les modèles d’économie climatique abordent cette question en définissant un tarif réduit qui régit essentiellement le poids accordé aux impacts futurs dans les décisions au présent. Mais comment spécifier ce taux d’actualisation est l’un des sujets les plus controversés de la littérature sur l’économie climatique. Ce qui semble clair, c’est que toute hypothèse sur la réduction des tarifs a des conséquences importantes pour la justice intergénérationnelle.

Comment les décideurs peuvent-ils équilibrer l’objectif de la prise de décision basée sur la preuve avec l’objectif de la représentation inclusive des parties prenantes, étant donné la complexité technique, politique et éthique du problème du réchauffement climatique? Je suggère l’utilisation des modèles informatiques en tant qu’aides à la prise de décision, ce qui offre des bonnes opportunités pour l’exploration systématique et l’évaluation cohérente des problèmes politiques complexes. Mais je crois aussi que un des contributions les plus importantes du modèle réside dans la mise en évidence des aspects du problème qui ne peut être résolu uniquement à l’aide d’équations mathématiques. Les questions vraiment difficiles en matière de politique climatique, celles qui concernent la justice inter- et intragénérationnelle et la représentation des parties prenantes, nécessitent toujours des délibérations équitables et inclusives.

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