Comment les scientifiques et les ingénieurs peuvent partager de l'information pour aider à obtenir le soutien du public sur le parcours vers zéro émission nette au Canada

Publié le lundi 18 juillet 2022

Auteur : Dr. Meghan Beattie

Chercheuse postdoctorale, Groupe de recherche solaire SUNLAB, Université d'Ottawa

Le Canada s'est fixé des objectifs nationaux ambitieux dans la lutte contre le changement climatique : un réseau électrique sans émissions d'ici 2035 et une économie nette zéro d'ici 2050. Pour atteindre ces objectifs, il faudra mettre en place rapidement de nouveaux projets énergétiques à une échelle sans précédent. Mais même si de nombreux Canadiens réclament des mesures pour lutter contre les changements climatiques, le consensus national sur la réduction des émissions peut être fragile. Sans le soutien du public aux niveaux local, régional et national, bon nombre de ces projets ne verront jamais le jour. Un élément essentiel pour renforcer la confiance du public est le partage d'informations fiables et accessibles, mais il ne suffit pas de "laisser la science parler d'elle-même". En tant que scientifiques et ingénieurs du secteur de l'énergie, nous avons la responsabilité de partager notre expertise en nous engageant dans le processus décisionnel en matière d'énergie au Canada et auprès du grand public afin de contribuer à l'établissement d'un consensus sur la voie vers le net zéro.

Informations sur l'énergie : Quelles sont-elles, qui les détient et comment sont-elles partagées ?

La prise de décision en matière d'énergie et le développement de projets reposent sur un large éventail d'informations concernant les projets individuels, le système énergétique au sens large, l'économie, la politique, les conditions environnementales et le contexte local. Les Canadiens veulent comprendre comment et pourquoi les décisions en matière d'énergie sont prises, surtout au niveau local, où les collectivités qui accueillent des projets énergétiques sont tenues de participer activement au processus décisionnel. Pour susciter la confiance du public, l'information doit être accessible, opportune et compréhensible.

Les gardiens qui détiennent ces informations vont des sociétés d'énergie aux régulateurs, en passant par les gouvernements, les membres de la communauté et les experts externes. Compte tenu de l'ampleur de l'information et de la diversité des détenteurs de l'information, sans parler des contraintes de temps liées à l'élaboration d'un projet, il n'est guère surprenant que le partage de l'information soit un travail en cours. Dans la communauté scientifique et technique, nous devons penser au-delà de la responsabilité de partager l'information avec nos pairs et considérer que nous pouvons être bien placés pour fournir des informations aux autorités publiques et au public sur un certain nombre de ces sujets, en particulier concernant les technologies nouvelles ou émergentes. Les membres de notre communauté sont souvent invités à participer au processus décisionnel en tant qu'experts externes. Des canaux moins formels de partage de l'information comprennent la publication d'articles non techniques ou la réalisation de projets de démonstration - nous y reviendrons plus loin.

Bien que l'information seule ne puisse pas garantir qu'un projet énergétique sera construit, le manque d'informations complètes provenant de sources fiables représente un obstacle majeur à l'approbation du projet et à son acceptation par la communauté.

Obtenir le soutien du public : C'est une question de confiance

Le soutien public pour des nouveaux projets énergétiques au Canada est loin d'être garanti. Sans soutien public, les projets sont voués à l'échec. Cela est vrai non seulement pour les projets de combustibles fossiles, qui suscitent de plus en plus une opposition généralisée, mais aussi pour les projets d'énergie renouvelable et les lignes de transport d'électricité qui sont nécessaires à la transformation du système énergétique. Pour rétablir la confiance du public dans le processus décisionnel en matière d'énergie, nous devons comprendre les raisons de cette érosion de la confiance.

Un facteur critique est le manque de confiance dans l'opinion des experts. De nombreux Canadiens accordent plus d'importance aux informations provenant de "sources fiables" telles que les amis, les célébrités et les médias sociaux qu'aux experts en la matière. L'identité peut avoir plus de valeur que la qualité des preuves, ce qui entraîne une polarisation accrue selon des lignes idéologiques, régionales et partisanes. Des personnes ayant des points de vue différents peuvent attribuer des significations différentes à un même langage ; et le "raisonnement motivé" affecte la façon dont les gens interprètent les informations. Les faits peuvent être déformés pour correspondre à un certain récit ou être jugés indignes de confiance s'ils contredisent les croyances d'une personne. En tant que scientifiques et ingénieurs, nous ne sommes pas à l'abri de ce comportement. En fait, la tendance au raisonnement motivé augmente avec la culture scientifique, et nous devons donc veiller à ne pas tomber dans ce piège.

Malgré ceci, la science est l'une des rares institutions à laquelle le public fait encore généralement confiance. En effet, 75 % des Canadiens font confiance aux scientifiques pour faire ce qui est juste, contre 54 % pour les entreprises du secteur de l'énergie et 43 % pour les dirigeants gouvernementaux. À ce titre, nous avons un rôle précieux à jouer dans la communication des informations relatives aux systèmes énergétiques et au développement de projets énergétiques au Canada.

S'impliquer : La façon dont nous, scientifiques et ingénieurs, pouvons aider à obtenir le soutien du public

Face à la diminution de la confiance du public dans le processus décisionnel en matière d'énergie, il est indispensable que des informations fiables et accessibles parviennent aux autorités publiques et à la population en général. En tant que scientifiques et ingénieurs du secteur de l'énergie, nous pouvons contribuer à répondre à ce besoin par les actions suivantes :

  1. Publier des articles, des blogs, des livres blancs, des vidéos et des balados pour un public non technique.

En tant que scientifiques et ingénieurs, nous sommes bien équipés pour fournir des informations de haute qualité et scientifiquement solides, mais nous devons les partager en langage clair sur des plateformes familières au public, comme les médias sociaux. Parmi les exemples, citons La Conversation, qui se spécialise dans les articles écrits par des chercheurs à l'intention du public, et Energy vs. Climate, un webinaire/balado animé par trois experts canadiens en énergie et axé sur le contexte albertain.

2. Sensibilisation du public par des activités pratiques, des visites de laboratoires, des présentations publiques ou d'autres événements éducatifs.

Ces types d'activités peuvent contribuer à combler le fossé entre la communauté scientifique et technique et le public. Parmi les exemples d'événements de sensibilisation du public au Canada, citons Green Energy Doors Open, dirigé par l'Ontario Sustainable Energy Association, Science Rendezvous, qui organise des événements de sensibilisation dans tout le Canada, et la Aurora Research Institute Speaker Series dans les Territoires du Nord-Ouest.

3. Des activités de recherche qui présentent des études de cas et des démonstrations de nouvelles technologies, notamment en partenariat avec les communautés locales.

Le développement d'installations de systèmes énergétiques à petite échelle en tant que projets pilotes ou de démonstration peut servir à démontrer la sécurité et à évaluer les impacts sur les communautés d'accueil. Les données partagées dans des forums publics pourraient être utilisées pour informer les promoteurs de projets, les organismes de réglementation, les gouvernements et les citoyens. Parmi les exemples, mentionnons le Bioenergy Research Demonstration Facility de l'Université de la Colombie-Britannique, le parc solaire de l'Université de Sherbrooke au Québec et les projets de démonstration d'énergie renouvelable du WARC dans les Territoires du Nord-Ouest.

4. Participer à l'élaboration des politiques et aux processus réglementaires.

En tant qu'experts en la matière non partisans qui jouissent d'une grande confiance du public, nous pouvons promouvoir une prise de décision responsable en matière d'énergie et contribuer à renforcer la confiance du public en nous engageant directement dans le processus décisionnel. Une approche consiste à participer aux consultations publiques sur les questions énergétiques par l'intermédiaire de ministères tels que Ressources naturelles Canada ou d'organismes de réglementation comme le Régie de l'énergie du Canada. Un autre exemple de scientifiques et d'ingénieurs participant à l'élaboration des politiques en tant qu'experts indépendants est la Coalition pancanadienne d'organisations expertes, par l'intermédiaire d'Environnement et Changement climatique Canada.

Le parcours du Canada vers le net zéro peut être tumultueux, mais avec le soutien du public, nous avons une chance d'y arriver. Lorsqu'il s'agit de prendre des décisions en matière d'énergie et d'obtenir le soutien du public, les scientifiques et les ingénieurs ont beaucoup à offrir. En partageant notre expertise et en participant au processus décisionnel, nous pouvons accélérer la transformation énergétique.

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