De Bromley aux Bromides – le besoin pour des conseils scientifiques dans un monde de faits alternatifs

Publié le mercredi 17 mai 2017

Auteur : Paul Dufour

Paul Dufour

Professionnel-en-résidence et Professeur associé, ISSP
Associé, Paulicy works

Depuis sa fondation en 2005 par John de la Mothe, titulaire d’une chaire de recherche du Canada pour l’innovation à l’Université d’Ottawa, et par Nicholas Vonortas de l’Université George Washington, la conférence D. Allan Bromley a permis aux étudiants des cycles supérieurs de rencontrer et d’échanger des idées avec les conseillers en politique scientifique et technologique des deux capitales, Ottawa et Washington. Dans l’esprit d’honorer l’héritage du conseiller scientifique canadien au président américain George H. W. Bush,  l’évènement est alterné entre les deux capitales.

En Avril 2017, la présentation a été donnée par Kei Koizumi, ancien directeur adjoint du Office of S&T Policy in the White House (OSTP) et des étudiants de l'université George Washington et de l’Université d’Ottawa ont eu un aperçu des diverses questions de politique scientifique et technologie qui touchent les deux pays. Ces questions varient de la politique énergétique à la politique des sciences de la santé, ainsi que des questions mondiales tels que la résistance aux antibiotiques, les relations avec la Chine et le libre-échange.

Le temps était propice. À un moment où le nouveau président américain avait manifesté peu d’intérêt pour les conseils scientifiques et improvise des politiques publiques à l’aide de tweets, l’administration canadienne souligne son besoin pour des conseils scientifiques et pour l’utilisation de preuves pour aider à la prise de décision après le mandat de Harper.

La conférence de M. Koizumi a porté sur les années du mandat du président Obama et sur la notion de réinstauration de la place légitime de la science dans le gouvernement après quelques années ténébreuses durant le mandat de Bush. L’OSTP d’Obama sous la direction de John Holdren a beaucoup fait dans le but de démontrer la valeur du savoir et de la science dans la société et Koizumi a souligné les différentes dimensions de la science pour les politiques et les politiques pour la science au cours des 8 années qu’il a passées à l’OSTP.

En plus des ateliers, les étudiants des deux universités ont pu participer à un déjeuner au Parlement sur le changement climatique dans les pays émergents et assister à une table ronde avec le Conseil des académies canadiennes pour explorer certaines des grandes lignes de ses évaluations des questions de politique publique avec une base scientifique de preuve. 

La relation scientifique entre le Canada et les États-Unis est vaste et continue d’être l’engagement de ce type le plus complet qui existe au monde. En effet, Allan Bromley a contribué à façonner cette relation lorsqu’il était conseiller scientifique du président – de ses efforts pour promouvoir l’Observatoire de neutrinos de Sudbury, à la Station spatiale international et ses opinions sur l’ALENA, Bromley était un champion pour la science diplomatique. Il a également été le moteur derrière le Canada-US S&T Consultative Mechanism avec le ministre canadien des sciences, William C. Winegard, et il a travaillé sans relâche dans le but de promouvoir la sensibilisation scientifique entre les deux communautés de recherche. (Alors que Bromley était à l’exécutif du American Association for the Advancement of Science (AAAS) en 1981, il a vaillamment essayé d’intéresser l’AAAS à avoir une division canadienne, avant la réunion de l'AAAS à Toronto).

Aujourd’hui, le Canada et les États-Unis entretiennent un lien très poreux mais tout de même solide dans tous les domaines du savoir. Comme l’a dit le président Clinton dans son discours au Parlement en 1995 :

« Du pétrole Albertain qui alimente les usines aux États-Unis des puces de Silicon Valley de la Californie qui alimentent vos ordinateurs, le Canada et les États-Unis sont un exemple vivant de la valeur des partenariats et de la coopération. Les technologies qui sont produites au Canada sauvent des vies dans les hôpitaux des États-Unis et les aliments provenant des agriculteurs américains se retrouvent dans vos marchés. »

En juin 2016, le président Obama a souligné ce partenariat spécial lors de son discours au Parlement sur l’investissement dans le savoir, mais a également soulignés les défis à venir :

« Nos deux pays connaissent de première main le pouvoir impressionnant du libre-échange et de l’innovation. Les canadiens aident certaines des entreprises les plus novatrices de la Silicon Valley. Nos étudiants étudient dans les universités de classe mondiale les uns des autres. Nous investissons dans la recherche et le développement et prenons des décisions fondées sur la science et la preuve. Et ça fonctionne. C’est ce qui a permit de créer ces économies extraordinaires. 

Il y a cependant une menace que nous ne pouvons pas résoudre militairement ni nous pouvons pas résoudre seuls, et c’est la menace du changement climatique. Le changement climatique n’est plus une idée abstraite. Ce n’est pas un problème que nous pouvons remettre à plus tard. Cela se passe maintenant, dans nos propres pays.

Les États-Unis et le Canada sont tous les deux des pays arctiques, et l’année dernière, lorsque je suis devenu le premier président américain à visiter l’arctique, j’ai pu en constater les effets. Des glaciers comme le glacier Athabasca au Canada fondent à un rythme alarmant. La toundra brûle et le pergélisol se dégèle.

Ce n’est pas une conspiration. Ça ce passe à ce moment. Sur le temps d’une seule génération, la glace de l’océan Arctique pourrait presque disparaître durant l’été. Les sceptiques et les cyniques peuvent donc insister pour nier ce qui est sous nos yeux, mais les peuples indigènes de l’Alaska que j’ai rencontrés, dont les villages ancestraux glissent dans la mer, n’ont pas ce luxe. Ils savent que le changement climatique est réel. Ils savent que ce n’est pas une déception. »

L’événement de Bromley nous rappelle à chaque année que notre prochaine génération aura des grands défis à relever, et que les conseils scientifiques et une diplomatie efficace sont importants à cet égard. Nos sociétés émergentes, assoiffées du savoir, auront à aborder ces sujets avec une passion et une sagesse renouvelée. Les questions scientifiques ne sont pas des déceptions ou faits alternatifs. Les bromides devront êtres remplacés par des normes et des principes tels que ceux établis par Allan Bromley. Il sera essentiel de travailler sur toutes les dimensions du partenariat canado-américain.

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