Bâtir la confiance dans les systèmes de santé à partir de la base

Publié le mardi 26 octobre 2021

Auteur : Prof. Josephine Etowa

Chercheuse affiliée, ISSP
Professeure titulaire, École des sciences infirmières, Faculté des sciences de la santé, 
uOttawa

Le jeudi 14 octobre, l'ISSP a organisé son événement de lancement de l'année universitaire 2021/22, Food for Thought: How has COVID affected public trust in expertise? Ce blog est une adaptation des propos de la  conférencière.

Le développement de plusieurs vaccins COVID-19 est une réalisation incroyable, mais vacciner les gens reste un grand défi. Au Canada, acquérir et maintenir la confiance du public dans le vaccin COVID-19 est une partie importante de l'équation. Cela nécessitera une attention continue et ciblée, en particulier sur les populations historiquement marginalisées ou confrontées à d'autres obstacles pour accéder au vaccin. Cela inclut ceux qui hésitent à se faire vacciner parce qu'ils estiment ne pas disposer de suffisamment d'informations pour prendre cette décision.

La COVID-19 a eu un impact profond sur la santé, le bien-être social et économique des personnes au Canada et dans le monde. Les communautés africaines, caribéennes et noires (ACN) représentent l'une des populations les plus vulnérables en termes de risque pour la santé, de qualité des soins médicaux qu'elles reçoivent et de chances de guérison lorsqu'elles contractent la COVID-19. Nous savons également que le modèle de mortalité dans ces populations vulnérables se traduit par de plus grands défis pour les systèmes de santé en raison de la perte de capital social, de productivité et d'équité raciale et culturelle.

Les Canadiens ACN et d'autres groupes touchés de manière disproportionnée par la COVID ont également des niveaux plus élevés d'hésitation à la vaccination. Lorsque nous réfléchissons aux raisons de cela, des expériences de soins de santé comme l'expérience de Tuskegee nous viennent souvent à l'esprit. Dans le système de santé canadien, nous entendons également des histoires de traitement contraire à l'éthique de groupes marginalisés qui minent la confiance du public dans le système de santé, comme les femmes de la Nouvelle-Écosse qui subissent des hystérectomies à un très jeune âge sans consentement éclairé.

Un faible niveau de santé et d'alphabétisation raciale, le manque historique d'accès aux soins et les inégalités dans les soins disponibles contribuent tous à expliquer pourquoi les populations marginalisées telles que les communautés ACN ont ces problèmes. Plus précisément, dans la communauté noire, l'hésitation à la vaccination au Canada est disproportionnellemente élevée. La recherche montre que les stratégies qui favorisent les approches participatives de la communication scientifique se sont avérées efficaces pour lutter contre l'hésitation à la vaccination. Former des leaders et des champions communautaires de confiance pour qu'ils se rendent dans leurs communautés pour communiquer les avantages de la vaccination sont des éléments essentiels d'une stratégie efficace pour lutter contre l'hésitation à la vaccination.

Les dirigeants communautaires sont parmi les messagers les plus efficaces sur les avantages de la vaccination, mais nous avons quand même besoin d'une approche à plusieurs volets. Partager des sources d'information, être honnête sur les effets secondaires potentiels, rassurer sur la robustesse du système d'approbation des vaccins et utiliser des messages qui peuvent raconter des histoires sont tous des éléments utiles. Nous avons besoin de cette composante essentielle de littératie raciale afin que les Canadiens puissent mieux comprendre les façons dont la race influe sur les déterminants sociaux de la santé, y compris les comorbidités qui rendent les communautés ACN plus vulnérables à une infection grave à la COVID-19.

La capacité des gouvernements à communiquer et à mettre en œuvre avec succès des programmes de vaccination dépend de manière critique de la mesure dans laquelle ils peuvent inspirer et maintenir la confiance du public dans l'efficacité et la sécurité du vaccin, mais aussi la confiance culturelle et raciale dans les institutions qui le distribuent. Les principes et les processus qui guident les décisions et les actions du gouvernement dans l'approvisionnement, la distribution, la priorisation et l'administration des vaccins doivent être clairs pour le public afin que nous puissions réellement accroître la confiance dans le vaccin. La capacité et l'efficacité des agences qui ont géré cette communication sur les vaccins sont également nécessaires pour maintenir la confiance du public dans le processus.

Les communautés ont un rôle très important à jouer dans le renforcement de la confiance du public dans les vaccinations, mais aussi dans la santé publique plus généralement. Il est essentiel de garantir un sentiment d'appropriation partagée du processus. Avoir confiance en des leaders communautaires qui font partie de l'équipe de communication et développer des messages culturellement appropriés font partie intégrante de la recette du succès.

Les groupes qui n'ont historiquement pas été traités dans les systèmes de soins de santé ont naturellement des niveaux plus élevés de méfiance à l'égard du système. Nous devons les traiter avec équité afin qu'ils commencent à comprendre le système et à renforcer la cohésion sociale et la confiance à partir de la base.

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